Santé

8 % d’enfants « dys » : à quoi la faute ?

Médecin
 

Les enfants d’âge scolaire seraient près de 8 % à être « dys » quelque chose : dyslexique, dyscalculique, dysorthographique… C’est pourquoi la Haute Autorité de santé vient de publier un guide pour aider leurs parents à dépister les problèmes, affirmer le diagnostic et, enfin, s’orienter dans le maquis des aides possibles.

Comme souvent en matière de communication sanitaire, la mélopée incantatoire des hautes instances est pleine de bonnes intentions. « « Information », « concertation » entre « acteurs majeurs », amélioration de la « coordination », sans oublier « la collaboration entre l’Éducation nationale et les soignants » et un slalom dit « parcours de soins » pour flécher la course de ces pauvres parents entre médecins, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeuthes, orthoptistes, psychologues, et j’en oublie…

Acceptons-en l’augure, sans oublier que le même genre de jeu de l’oie est proposé depuis longtemps pour les diabétiques, les hypertendus, les femmes enceintes, les cancéreux, etc., avec un succès que l’on peut sans méchanceté qualifier de mitigé.

Plusieurs causes ont été avancées pour expliquer les troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA) sans qu’aucune ne se dégage clairement. Ce qui veut généralement dire qu’il y en a plusieurs.

Après, il y a ce qui aggrave le problème… Né du baby-boom, j’ai commencé à apprendre à lire un beau début de septembre. Il y avait bien dans ma classe (bien plus surchargée qu’aujourd’hui) un bègue et deux ou trois gauchers, mais pas de « dyslexique », et à Noël tout le monde savait lire ! Les lettres formaient des syllabes, les syllabes des mots, et les mots des phrases. Aujourd’hui, la rééducation de la dyslexie est devenue une industrie, et l’orthophoniste est devenu le supplétif de l’enseignant du primaire, et Acadomia de celui du secondaire.

Force est de s’interroger sur la responsabilité de la méthode globale d’apprentissage de la lecture, qui n’a officiellement duré que la décennie post-soixante-huitarde, celle où les déments s’étaient emparés de la rue de Grenelle. La méthode n’a pas été totalement éradiquée puisque se pratique toujours la semi-globale. On nous explique que l’enfant dyslexique aurait « du mal à saisir rapidement un mot dans sa globalité ». Mais c’est normal : pas plus qu’une formule de maths un mot n’a à être saisi dans sa globalité. Il doit être analysé. Ce n’est que s’il est courant, et souvent rencontré, qu’il deviendra au fil du temps reconnaissable « globalement ». S’il est vrai que la dyslexie a des origines antérieures à toute méthode d’apprentissage, il est certain que la méthode globale fut la pire manière d’apprendre à lire aux enfants dyslexiques. Les plus éminents neuropédiatres ont essayé, à l’époque, mais en vain, de le faire comprendre aux pédagogistes de l’Éducation nationale.

C’est pourquoi, bien qu’éminemment souhaitable, le vœu de la Haute Autorité de santé appelant à la collaboration de cette dernière avec les soignants a de quoi laisser sceptique.

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