7 mai 1917 : entre offensive et mutineries

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En ce lundi 7 mai 1917, 1008e jour de guerre, les Italiens mènent une offensive sur le front de l’Isonzo, entre Tolmino et la mer. Les généraux Cadorna et Capello espèrent pouvoir enfin forcer les lignes défensives autrichiennes.

Sur le front français, le général Nivelle demande à ses troupes de poursuivre les attaques qu’il a décidées le 4 et 5 mai sur le Chemin des Dames. Après l’échec de l’offensive du mois précédent, il entend toujours enfoncer le front allemand et percer la fameuse ligne Hindenburg. En ce 7 mai, les journaux relatent avec enthousiasme cette offensive. Le Figaro annonce « la poussée vers la plaine de Laon », soulignant combien « les beaux succès des 4 et 5 mai ont porté nos troupes vers cette crête du plateau où l’on voit se pencher 1814 sur les balcons de Craonne ». Le journal fait ici allusion à la bataille de Craonne du 7 mars 1814 qui a vu Napoléon défaire les armées russe et prussienne du général von Blücher.

Néanmoins, l’envers du décor est un peu moins enthousiaste. En effet, les mutineries qui ont débuté à la fin du mois d’avril 1917, après l’offensive du 17 avril, commencent à gagner du terrain pour atteindre leur paroxysme en juin. Elles gagnent toutes les armées le long du front pendant huit semaines et touchent 68 divisions sur les 110 qui composent l’armée française !

Elles se traduisent avant tout par le refus collectif de plusieurs régiments de monter en ligne. Elles s’accompagnent également de manifestations, notamment dans les gares et trains de permissionnaires, où les soldats crient des slogans : « À bas la guerre ! », « Paix ou révolution ». Certains vont même jusqu’à chanter « L’Internationale ». Le fait que Nivelle « décrète » lui-même la suspension de l’offensive dès le 8 mai 1917 n’y change rien.

Certains y voient l’influence de deux brigades russes venues sur le front en 1916, et aussi de la révolution russe de février qui provoque l’abdication de Nicolas II. Mais c’est surtout une multitude de facteurs qui incitent les soldats à se révolter : le froid, la boue, les bombardements incessants, les rats, les permissions trop rares, la puanteur des cadavres… Et aussi le sentiment d’être de la chair à canon car les deux offensives Nivelle d’avril et mai ont saigné l’armée française. En trois semaines environ, ce sont plus de 250.000 soldats qui sont tués, blessés ou qui disparaissent dans l’Aisne, en Picardie et en Artois : l’équivalent de 16 divisions ! Quoi qu’il en soit, la justice militaire fait son œuvre vis-à-vis des mutins : 3.427 d’entre eux sont jugés coupables, 554 sont condamnés à mort. Une trentaine de mutins sont fusillés. Mais le nombre de fusillés pour l’exemple reste relativement faible, rapporté au nombre de fusillés des derniers mois de 1914 (près de 200) ou de l’année 1915 (environ 260).

Ce même 7 mai, dans un autre registre, Le Petit Journal apprend à ses lecteurs que, compte tenu des restrictions et des efforts de guerre à fournir, les journaux ne seront désormais publiés que sur deux pages, quatre fois par semaine : les lundis, mardis, jeudis et samedis. C’est vraiment la guerre sur tous les fronts… Il reste plus de 560 jours à tenir avant l’armistice.

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