Histoire

23 avril 1972 : les Français votent…

Colonel à la retraite
 

Hasard du calendrier, le 23 avril 1972 – il y a tout juste 45 ans -, les Français étaient appelés aux urnes. Non pas pour une élection mais pour un référendum. La Ve République avait alors 14 ans et, à l’époque, elle se donnait facilement à des hommes qui auraient pu être son grand-père. Aujourd’hui, la jeune fille est devenue une dame d’un certain âge. Elle a été reliftée à plusieurs reprises et certains l’imaginent déjà jouant les cougars, d’autres voudraient qu’elle fasse valoir ses droits à la retraite ! Voire…

Ce référendum, donc, portait sur l’élargissement des Communautés européennes. Car – on l’a oublié – il existait alors trois communautés : la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), issue du traité de Paris de 1951 ; la Communauté économique européenne, née du traité de Rome de 1957 ; la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), signée elle aussi à Rome en 1957. Six pays composaient alors la CEE : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Et voici la question qui fut posée aux Français : « Approuvez-vous, dans les perspectives qui s’ouvrent à l’Europe, le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République, et autorisant la ratification du traité relatif à l’adhésion de la Grande-Bretagne, du Danemark, de l’Irlande et de la Norvège aux Communautés européennes ? »

Le Président Pompidou, en appelant à voter pour cet élargissement de la CEE, dont la conséquence majeure était évidemment l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté, tournait le dos à la position qui avait toujours été celle du général de Gaulle. En effet, le 14 janvier 1963, au cours d’une conférence de presse, ce dernier déclarait que « la nature, la structure, la conjoncture, qui sont propres à l’Angleterre, diffèrent de celles des États continentaux ». Faire entrer la Grande-Bretagne dans la CEE, c’était ouvrir tout grand les portes aux États-Unis. Veto !

En 1967 : nouveau veto du Général, alors que la Commission – déjà elle ! – de la CEE proposait d’ouvrir immédiatement les négociations d’adhésion avec le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark et l’Irlande. Nouvelle conférence de presse le 27 novembre, dans laquelle le Président français soulignait les incompatibilités politiques, économiques, financières, monétaires qui ne permettaient pas, à ses yeux, que « les îles Britanniques puissent réellement s’amarrer au continent ». Il estimait que tout dépendait donc, « non pas du tout d’une négociation qui serait, pour les Six, une marche à l’abandon, sonnant le glas de leur communauté, mais bien de la volonté et de l’action du grand peuple anglais qui ferait de lui un des piliers de l’Europe européenne ». Façon de renvoyer aux calendes grecques la perfide Albion !

1972, le Général n’est plus. Le 21 avril, à deux jours du référendum, dans une déclaration télévisée, le Président Pompidou déclare : « L’Angleterre a accepté toutes les règles communautaires. Lui refuser l’entrée condamnerait le Marché commun à dépérir d’une maladie de langueur. En l’accueillant, nous donnerons à l’Europe sa véritable dimension. » Pour autant, Pompidou ne verse pas dans l’euro-angélisme : « Chaque nation arrive fermement décidée à défendre ses propres intérêts. Bien naïfs sont ceux qui n’en ont pas conscience… »

Les Français répondirent par oui à 68,32 % des votants (avec une participation de 60 %). Et ce, malgré l’appel à s’abstenir ou voter blanc du pourtant très européen nouveau premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand…

Ironie de l’Histoire, les Britanniques approuvèrent de justesse (301 voix pour, 284 voix contre) cette entrée dans le Marché commun par un vote des Communes, en juillet de la même année. 44 ans plus tard, ils décidaient de larguer les amarres, cette fois-ci par voie de référendum. Référendum laissé au vestiaire depuis 2005 en France…

POUR ALLER PLUS LOIN