Editoriaux - Histoire - Presse - Souvenir 14-18 - Sport - 31 juillet 2016

1er août 1916 : l’assassinat du capitaine Fryatt

Le 1er août 1916, la quasi-totalité des journaux français (Le Figaro, La Croix, L’Action française, Le Journal, Le Petit Journal) reviennent sur les deux années de guerre, et l’anniversaire de la mobilisation générale qui s’est faite avec la sonnerie du tocsin vers 16 heures, dans toutes les villes et villages de France.

Seule L’Humanité fait bande à part, préférant commémorer le deuxième anniversaire de la mort de Jean Jaurès. La bataille de Verdun est engagée depuis plus de 22 semaines, celle de la Somme depuis déjà un mois. Depuis le début du conflit, l’armée française a perdu plus de 780.000 hommes tués au combat.

La presse retient également ce qu’elle appelle l’assassinat du capitaine Charles Algernon Fryatt, exécuté par les Allemands à Bruges quelques jours plus tôt, le 27 juillet à l’âge de 43 ans. Un acte de vengeance autant que de représailles. Tout a commencé le 28 mars 1915. Le capitaine de marine marchande Charles A. Fryatt, de nationalité anglaise et commandant le Brussels, rencontre en mer un sous-marin allemand, le U-Boot 33. Plutôt que de laisser couler son navire, ce vaillant capitaine décide d’éperonner le submersible. Ce dernier ne doit son salut qu’à la faveur d’une plongée rapide. Son action est saluée par l’amirauté qui lui remet une montre au revers de laquelle est gravée une inscription relatant cette courageuse tentative « d’éperonnage ».

Mais dans la nuit du 23 au 24 juin 1916, le Brussels est capturé par cinq navires allemands peu après son départ de Rotterdam et le capitaine Fryatt est remis aux autorités allemandes. Avec son équipage, il est transporté à Zeebrugge puis est interné dans le camp de Ruhleben près de Berlin. Le Journal De Telegraaf du 16 juillet 1916 rapporte, sur la foi de la montre qu’il porte sur lui, que la mission principale du capitaine Fryatt est de couler les U-Boot. Les Allemands trouvent là le prétexte pour le traduire en conseil de guerre. Ils le transfèrent à Bruges et son pseudo-procès se déroule le 27 juillet 1916. Il est en théorie protégé par son statut de non-belligérant, mais les Allemands, malgré la pression des Alliés (Américains et Anglais) lui refusent un avocat. À l’issue de ce « procès », il est reconnu coupable d’être un franc-tireur et est condamné à mort. Il passe aussitôt devant le peloton d’exécution. Il est 19 h 00. Il est ensuite enterré dans un carré que les Allemands réservaient aux « traîtres belges ». La presse alliée se déchaîne contre l’Allemagne. En France, La Croix et Le Figaro titrent : « L’assassinat du Capitaine Fryatt ». En Suisse, le quotidien L’Impartial parle d’un « acte de haine froidement prémédité », « de mépris du droit » et d’un « outrage à l’humanité ». Le capitaine Fryatt sera décoré à titre posthume de l’ordre de Léopold et de la croix de guerre belge 14-18.

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