Commémoration de la guerre de 14-18

11 juin 1917 : la victoire des Midinettes

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Le 11 juin 1917, les Midinettes remportent une grande victoire. Les Midinettes sont ces jeunes ouvrières et vendeuses dans la couture parisienne qui se contentent, à midi, d’un repas sommaire, c’est-à-dire d’une « dînette ». Midi et dînette sont contractés et donnent « Midinette ». Elles connaissent une petite heure de gloire avec le film muet Les Midinettes, réalisé en 1909 par Louis Feuillade, et leur « Grand Soir » intervient le 11 juin 1917. Ce jour-ci, le président de la République Raymond Poincaré promulgue la loi votée par la Chambre des députés et le Sénat concernant le temps de travail. Son article Ier stipule notamment : « Le repos pendant l’après-midi du samedi sera assuré aux ouvrières de tout âge dans des conditions déterminées, pour chaque profession et pour chaque région, en tenant compte des besoins du travail dans les diverses saisons, par des règlements d’administration publique, qui se référeront, dans les cas où il en existera, aux accords intervenus entre les syndicats patronaux et ouvriers de la profession et de la région. »  Les femmes vont donc pouvoir légalement se reposer le samedi après-midi et être payées.

Il est vrai qu’en ce début de XXe siècle et en cette période de guerre, peu de Françaises et de Français comptent leurs heures. Le gouvernement concède toutefois quelques libéralités et aménagements. La loi du 3 juillet 1916 limite à dix heures la journée de travail des femmes âgées de 18 à 21 ans, de même qu’elle interdit le travail de nuit pour les femmes de moins de 18 ans. Cependant, en mai 1917, ces midinettes qui travaillent pour de « grandes dames » de la société, un peu plus oisives qu’elles, se révoltent contre leur condition. Le mouvement part de l’atelier Jenny sur les Champs-Élysées. Les ouvrières apprennent que leur semaine va être amputée du samedi après-midi. En effet, la guerre ralentit l’activité économique. Elles se retrouvent au chômage technique et se voient amputées d’une demi-journée de revenus. Les 250 couturières acceptent d’autant moins la situation que les ouvrières anglaises bénéficient de leur samedi après-midi avec maintien de salaire. Les midinettes de Jenny décident de faire grève et descendent dans la rue avec leurs belles robes noires et leurs élégants chapeaux. Ce qui fait bien sourire à l’époque… Elles se dirigent vers les Grands Boulevards où elles entraînent d’autres maisons de couture. Le mouvement se répand comme une traînée de poudre. De 250, elles passent bientôt à 1.000, 5.000 puis 10.000. Elles sont bientôt 20.000 à défiler dans Paris pour réclamer la semaine de cinq jours et demi. Le gouvernement, qui a déjà un peu de mal à contenir les mutineries militaires, finit par céder. D’autant que d’autres mouvement de grève commencent à poindre, notamment celui des « munitionnettes » de Firminy et chez les ouvrières de la confection militaire… Avec la promulgation de la loi du 11 juin qui acte le samedi après-midi libre mais payé, elles obtiennent gain de cause. Grosso modo, une semaine d’environ 55 heures par semaine payée 60.

Mais il faut attendre avril 1919 pour que la loi sur la journée de huit heures soit adoptée. L’Histoire peut-elle venir au service du gouvernement qui entend réformer le Code du travail ?

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