Histoire

10 février 1638 : une loi consacre la France à la Vierge

Colonel à la retraite
 

Récemment, je tombai sur cette déclaration de Brigitte Macron : « Mon époux dit souvent que, pour être efficace, il faut être heureux. » Efficace dans sa charge, on imagine. Car, pour le reste, cela ne nous regarde pas. En lisant cette phrase, peut-être par un esprit d’escalier en colimaçon bizarroïde, l’image de Richelieu, gouvernant la France, dans son lit de souffrances physiques, me vint à l’esprit.

M’apparut cette fameuse litière dont Victor Hugo, dans la pièce Marion de Lorme, dressa un tableau grandiose. « Le canon éclate à la porte du donjon. Le voile noir qui cachait la brèche du mur tombe. Paraît la litière gigantesque du cardinal, porté par vingt-quatre gardes à pied, entourée par vingt autres gardes portant des hallebardes et des torches. Elle est écarlate et armoriée aux armes de la maison de Richelieu. Les rideaux de la litière sont fermés. Elle traverse lentement le fond. Rumeur dans la foule. » Un souhait : qu’Emmanuel Macron ne lise jamais ce papier. Cela pourrait lui rendre bien terne son trimbalement en DS 7 à travers les rues bitumées de Paris, même avec Brigitte à sa senestre.

Dans cette litière, Richelieu était-il heureux, alors qu’il était perclus de douleurs ? Question qu’on aurait sans doute trouvée incongrue à une époque où les rois régnaient pour « le bonheur de leurs peuples » mais avaient la décence de ne pas évoquer le leur, même par le truchement de leur reine. Richelieu, ministre principal du roi Louis XIII, cumulait fièvres, migraines, rhumatismes, maux de dents et, brochant sur le tout, « porte de derrière » minée par les hémorroïdes. Bref, comme on dit aujourd’hui, que du bonheur ! Et pourtant, le gouvernement du Cardinal porta la puissance de l’État au plus haut. Donc, pas certain que, pour être efficace, il faille absolument être heureux !

Le Cardinal était, certes, un homme d’État inflexible, impitoyable mais il était aussi un homme d’Église qui vivait profondément sa foi. C’est Richelieu qui suggéra à Louis XIII ce fameux vœu de consécration de la France à la Vierge. Vœu que l’on évoque généralement pour la fête du 15 août, mais qui fut institué à Saint-Germain-en-Laye le 10 février 1638. Il y a 380 ans, jour pour jour. Louis XIII était un homme pieux mais angoissé : « Jamais homme n’aima moins Dieu et ne craignit plus le diable », écrivit un historien du milieu du XIXe siècle. Connaissant les angoisses de son roi, dès mai 1636, Richelieu lui écrit pour lui suggérer l’idée d’un vœu. « On prie Dieu à Paris, dans tous les couvents, pour le succès des armées de Votre Majesté. On estime que si elle trouvait bon de faire un vœu à la Vierge avant que ses armées commencent à travailler, il serait bien à propos. » Louis répond immédiatement à son ministre : « Je trouve très bon de faire ce vœu à la façon que vous me le mandez… »

Ce travail, c’est la guerre qu’elles s’apprêtaient à faire aux troupes espagnoles qui déboulent par le nord de la France durant l’été 1636. Il faudra attendre novembre et la chute de Corbie en Picardie pour que la France renverse une situation comparable à celle qu’elle connaîtra en 1914. L’idée du vœu à la Vierge fait son chemin au cours de l’année 1637. L’ambassadeur de Suède évoque ce projet dans un rapport à son roi : « Il [le roi ] veut encore que le jour du milieu du mois d’août, qu’on appelle ici l’Assomption de la Vierge, soit désormais célébré avec beaucoup plus de solennité que par le passé. Dans ce but, il vient de faire remettre des lettres patentes au parlement de Paris. »

Et c’est donc le 10 février 1638 que l’ordonnance est prise. Cette ordonnance n’est pas seulement une « bondieuserie », c’est un acte officiel. Un acte législatif. Enregistrée au Parlement, jamais abrogée, cette loi, au nom de la continuité de l’État, n’est-elle pas encore en vigueur ? On peut se poser la question. Pour le bonheur de la France, diront certains. Et donc pour son efficacité, selon la théorie de Brigitte Macron !

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